Sur les traces de grandes voyageuses

(Temps de lecture: 4 - 8 minutes)
Anita Conti

A l’aube du XXème siècle, de nombreuses exploratrices, botanistes ou ethnologues ont bravé les contraintes sociales de l’époque pour partir à la découverte du monde et nous livrer leurs précieux témoignages écrits ou photographiques.
Ces pionnières, grandes voyageuses, souvent féministes avant l’heure, ont vraiment eu des destins hors-normes comme en témoignent les portraits d’Anita Conti et d’Ella Maillart dont les récits apportent encore aujourd’hui un éclairage sur notre monde. Ces deux femmes d’exception avaient toutes deux un rapport privilégié à la mer que Spindrift for Schools vous propose de découvrir.

Anita Conti

Anita Conti, née en 1899, est une grande voyageuse et la première femme océanographe française. Issue d’une famille fortunée qui lui fait très tôt découvrir les voyages et lui ouvre son carnet d’adresse. Aussi elle échange facilement avec des célébrités de l’époque comme Pierre et Marie Curie, Blaise Cendrars et Théodore Monod qui vont lui ouvrir l’esprit.
En étudiant la pêche et en suivant les marins, elle contribue avant tout le monde à la prise de conscience écologique et à la nécessaire protection des océans. Dès les années 30, elle embarque sur le chalutier vapeur Viking, pour une campagne de plusieurs mois en mer de Barents, dans les eaux du Spitzberg. Toute sa vie elle sillonnera les océans du globe sur différents types de bateaux.

Anita ContiAnita Conti © Wikipedia

Dans les années 50, elle embarque et filme la vie à bord du chalutier fécampois Bois Rosé du capitaine Recher. Elle racontera ensuite le quotidien des 60 hommes d’un équipage immortalisé dans Racleurs d’Océans, son plus célèbre livre. 
Cet ouvrage est aujourd’hui considéré comme une référence. Pourtant à l’époque, elle dû batailler avec son éditeur : elle avait inventé un genre nouveau entre publication scientifique et récit poétique.
Anita Conti fut aussi une immense photographe, qui en 70 ans a rassemblé un fonds de plus de 50 000 clichés, des manuscrits, des films et une centaine de cartons d’archives.

Quand on lui demandait si elle était un garçon manqué,
Anita Conti répondait « Non, je suis une femme réussie ».

Ella Maillart

Ella Maillart fait partie de ces exploratrices hors-normes. Pourtant rien ne la prédestinait à ce destin. Née à Genève en 1903, elle est la fille de d’un fourreur genevois et d’une sportive danoise. 
Elle pratique très tôt le ski avec sa mère puis, avec son amie Miette de Saussure, elle navigue sur le lac Léman. Elle fonde le premier club féminin de hockey sur gazon. Elle défend, pendant quatre ans, les couleurs de la Suisse aux championnats du monde de ski. Après son échec à l'entrée à l'Université, elle quitte l'Europe pour s’éloigner de la guerre mondiale. Elle devient écrivain et développe des talents en photographies, qui remplacent son carnet de notes. Indépendante d’esprit, sa quête d’aventure se transforme peu à peu en expérience existentielle…
Elle publie La Vagabonde des mers en 1942 et navigue à bord de navires britanniques. Mais la maladie de sa grande amie Miette met fin à leur projet de traversée de l'Atlantique. Ella Maillart renonce alors à passer son existence en mer.

ella maillart 1Ella Maillart en Iran ©Annemarie Schwarzenbach - Wikipedia - Bibliothèque nationale suisse, SLA-Schwarzenbach-A-5-19/116

En 1935 le journal Le Petit Parisien, spécialisé dans le grand reportage, l’envoie en Chine pour faire une enquête sur la Mandchourie occupée par les Japonais. Elle y retrouve Peter Fleming, journaliste du Times, qu'elle avait connu à Londres l’année précédente. Elle se passionne pour le Turkestan chinois qui est une région interdite : personne ne sait exactement ce qui s'y passe depuis quatre ans.  En février 1935, Ella Maillart et Peter Fleming quittent Pékin pour la Chine intérieure et rejoindront, par la Route de la Soie, le Pamir. Sept mois plus tard, ils arrivent au Cachemire, au terme d'une expédition très rude à travers une des régions les plus secrètes et les plus reculées du globe.
De 1940 à 1945, elle passe cinq ans en Inde auprès des maîtres de sagesse Ramana Maharshi et Atmananda Krishna Menon. De retour en Suisse, le peintre Edmond Bille lui fait découvrir le village de Chandolin, situé à 2 000 m d'altitude, qui deviendra son unique lieu de vie sédentaire. Elle s'y fait construire un chalet et pendant trente ans (1957-87), elle devient guide culturelle et fait découvrir plusieurs pays d'Asie à de petits groupes de voyageurs.

ella maillart 2Ella Maillart ©Wikipedia - nvpswitzerland

Elle s’éteindra en 1997 dans son village à l’âge de 94 ans.
C’est autant une quête spirituelle qu’une volonté de découvrir le monde qui anima cette pionnière. Elle arpenta le monde à une époque où les voyages n’étaient pas aisés. Ella Maillart est aujourd'hui reconnue grâce à ses nombreux récits d'aventure et à la diversité de ses observations du monde entier. Ses témoignages et ses photographies ont une valeur de documents anthropologiques.

Conquérantes du monde et voyages initiatiques

A travers leurs récits d’expéditions et leur reportages photographiques, on découvre combien ces femmes du XXème siècle étaient en avance sur leur époque où l’aventure était plutôt une histoire d’hommes. Elles parcoururent le monde en bravant le danger, en se battant pour leur indépendance d’esprit et souvent en luttant contre les contraintes sociales de l’époque. Elles ont pu réaliser ces fabuleuses expéditions grâce à leur détermination, à leur curiosité du monde et à leur courage. Aujourd’hui encore, des femmes se lancent des défis autour du monde, pour découvrir, apprendre, repousser leurs limites et partager leur expérience comme la navigatrice Dona Bertarelli qui en 2015 participait au Trophée Jules Verne à bord de Spindrift 2 et devint la femme la plus rapide autour du monde. Son Journal de Bord J’ai osé témoigne de la rudesse de l’épreuve sportive mais aussi, comme pour la plupart des aventurières, d’une introspection, d’un voyage initiatique et d’une volonté de dépassement de soi. La ténacité et l’engagement de ces femmes force l’admiration de tous !

dona bertarelli"J'ai osé" de Dona Bertarelli aux éditions Favre

Pour aller plus loin

Depuis toujours les voyages sont prétextes à des témoignages, des carnets de bord et des récits d’aventures qui permettent à leurs lecteurs de découvrir d’autres territoires, d’élargir leur vision du monde, de partager des savoirs, de rêver et de découvrir de nouvelles cultures. Ces témoignages d’une expérience vécue revêtent des formes très diverses, qui ont évolué avec le temps, avec les progrès scientifiques ou les courants artistiques. Retrouvez notre dossier thématique consacré à ces "récits de voyage" sur le site et accédez à l'ensemble des documents gratuitement téléchargeables dans nos ressources pédagogiques

Pistes de travail

Cycle 2 et 3

  • En étudiant la vie et les récits d'Ella Maillart et d'Anita Conti, identifiez ce qui les distingue des hommes. En quoi sont-elles des pionnières ?
  • Travail sur l’ailleurs et sur les récits de voyage. Possibilité de créer un carnet de voyage imaginaire sous forme de blog ou de parcours illustré à partir de collecte de documents sur un explorateur ou une exploratrice.
  • Mettre en place des jeux de coopération filles-garçons pour lutter contre les stéréotypes de genre. Exemples : jeux sportifs ou défis sciences.

Collèges et lycées

  • Travail sur l’émancipation des femmes depuis le XIXème siècle.
  • Faire une frise chronologique pour mettre en perspective les voyages / expéditions et les changements sociétaux.