Par Dona Bertarelli

Mon « Everest » a été cette aventure extraordinaire qu’est le Trophée Jules Verne.

Je me suis préparée pendant trois ans et je l’ai ensuite vécue, un jour après l’autre, pleinement, fortement, passionnément, les yeux grands ouverts sur le monde, sur moi et ceux que j’aime, dont Yann qui m’a ouvert les portes du grand large. Mon plus grand bonheur a été de partager mon aventure avec les écoliers qui nous suivaient dans le cadre de notre programme « Spindrift for Schools ». Tout au long de ces 47 jours passés à bord de Spindrift 2, j’ai écrit une série d’articles intitulés « Out of the Classroom », inspirés de mes observations, notamment mes rencontres avec la faune marine, les phénomènes climatiques et les lieux incroyables que nous avons pu apercevoir lors de ce tour du monde. Nous n’avons pas battu le record, mais quel plus beau cadeau que de partager les enseignements d’un tour du monde à la voile et de faire vivre au travers de mes récits l’aventure de Phileas Fogg, une aventure des temps moderne.

Spindrift 2 a levé l’ancre le 16 janvier 2019 pour tenter une nouvelle fois de remporter le Trophée Jules Verne. C’est avec une pointe de nostalgie que je partage à nouveau mes articles, pour vous donner un aperçu de cette merveilleuse aventure.


L’Anticyclone et le Pot-au-Noir

Réponses aux questions posées par les élèves de l’école publique Vincent Van Gogh à Baguer Morvan (France) de l’nstitutrice Karine Duprey.
 
Qu’est ce qu’un Anticyclone ?
 
Un anticyclone ressemble à une colline avec un sommet tout plat. Sur les bords de la colline,  il y a de la pente, ce qui veut dire en météorologie qu’il y a du vent. Au sommet, dans la partie plate, il ne s’y passe rien : peu de vent, du ciel bleu en été ou des brouillards persistants en hiver. Au bord de la mer en été, les baigneurs aiment bien le temps anticyclonique : il fait chaud et grand beau temps. Belle journée de plage. Nous, les marins, nous sommes frustrés : pas beaucoup de brise à  mettre dans les voiles.

On verra ci-dessous lorsqu’on abordera le sujet de la Zone Intertropicale de Convergence, ou appelé de façon plus commune par les marins, Pot-au-Noir, que c’est la convergence des masses d’air chaud et humides anticycloniques qui crée cette situation météorologique hors du commun.
 
Qu’est-ce-que le Pot-au-Noir et pourquoi ce nom ?
 
Ce que l’on appelle le Pot-au-noir est une zone météorologique où les vents de Nord-Est de l’hémisphère Nord et les vents de Sud-Est de l’hémisphère Sud convergent au large de la Sierra Léone (Afrique) pour former une zone de transition en forme de cône vers l’Amérique du Sud, telle une ceinture entourant la terre au niveau de l’équateur.
 
Les vents sont faibles et les grains orageux nombreux en raison de l’évaporation importante juste au-dessus de l’équateur. Ce Pot au Noir qui s’étend en général entre les parallèles 3° Nord  et 7° Nord, est plus ou moins actif : il peut être une alternance de brises faibles et de rafales violentes sous grains, une zone de calmes très étendue, une transition lente entre ces deux régimes d’alizés, des hémisphères Nord et Sud.

Grâce à nos nombreux fichiers météo et images satellites analysés par Jean-Yves Bernot notre routeur à terre, et ensuite discutés avec Erwan notre navigateur à bord et Yann notre skipper, nous avons pu trouver le « point d’impact » le moins pénalisant possible pour traverser cette zone et se faufiler vers le Sud.
 
L’histoire d’où vient le nom du Pot-au-Noir est beaucoup plus incertaine, nourrie par de nombreuses légendes et histoires maritimes.

Celle qui semble la plus crédible est décrite par le journalise et marin, Patrick Benoiton dans son enquête lors de sa Mini-Transat 2005 :
 
« Ainsi est arrivé dès le début du commerce des esclaves vers le continent américain, une dénomination de l’endroit venant des matelots, certainement pour exorciser leur peur. Venant du nord, on sent que l’on approche de la zone par la présence de plus en plus dense de Cumulo Nimbus qui, en avançant vers le sud, sont de plus en plus nombreux et foncés pour bientôt ne former qu’une masse hallucinante et cotonneuse peu engageante. Le soleil n’arrive plus en direct. Les lumières deviennent folles et incompréhensibles. L’activité orageuse apparait pour s’intensifier sous d’énormes nuages venteux à souhait. Le tableau est d’autant plus impressionnant pour les marins de l’époque qu’il reste dans leur mémoire collective les légendes de fins du monde, de punition des Dieux pour avoir bravé l’Equateur, de présences d’animaux marins monstrueux, bref, de peurs dues au manque de connaissances et à l’incompréhension de l’activité de cette zone. Les équipages, malgré leur expérience, étaient au fond d’eux terrorisés même s’il n’en paraissait rien sur les ponts et dans les gréements.

Malgré cette peur, la zone était salvatrice pour les navires. Les pluies diluviennes sous chaque nuage permettaient de remplir les barriques d’eau douce pour remplacer l’eau croupissante venant souvent d’Europe. Surtout, elle était l’occasion de sortir la cargaison pour la laver et lui faire prendre de l’air plus frais et sain que celui des cales. On la conservait ainsi plus longtemps en bonne forme pour mieux les vendre à l’arrivée. C’est comme cela que des centaines d’esclaves noirs se retrouvaient sur le pont avec un grand plaisir compréhensible. Ils pouvaient enfin se mouvoir et appréciaient ces douches qui permettaient de les nettoyer de la promiscuité avec leurs compatriotes. Ainsi, étaient-ils les seuls à afficher un grand sourire pendant la traversée de la ZIC (Zone Intertropicale de Convergence). Même les orages les plus violents ne les effrayaient pas. Dans nombre de tribus d’Afrique Occidentale, l’orage était la rencontre amoureuse entre le ciel et la terre. Les noirs étaient donc en délectation devant ce spectacle célébrant l’amour dans l’univers. Il n’était d’ailleurs pas rare de les voir entamer quelques danses joyeuses et spirituelles. Très vite donc, les marins estimèrent que la ZIC état l’ami des noirs, « le pote aux noirs ». L’appellation « pote », signifiant copain, ami, vient de l’argot localisé du petit port de Trentemoult, près de Nantes qui fournit nombre de matelots Cap Horniers à la Royale et au commerce. On appela donc la zone, le « pote aux noirs ».

Mais, très vite, les Etats Majors des navires qui trouvaient incongru que l’on mette en valeur ainsi la marchandise, la nommèrent pour certains Pot-au-Noir, en inventant une légende à partir des barriques de goudron servant à l’étanchéïfication des coques (le pot au noir), ou de Poteau Noir, faisant référence à l’attachement des nouveaux passeurs d’équateur au grand mât.

Tout cela introduit le doute dans les esprits et un énorme flou sur la signification de l’appellation pourtant bien rentrée dans le vocabulaire maritime. »

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