Par  Dona Bertarelli

Mon « Everest » a été cette aventure extraordinaire qu’est le Trophée Jules Verne.

Je me suis préparée pendant trois ans et je l’ai ensuite vécue, un jour après l’autre, pleinement, fortement, passionnément, les yeux grands ouverts sur le monde, sur moi et ceux que j’aime, dont Yann qui m’a ouvert les portes du grand large. Mon plus grand bonheur a été de partager mon aventure avec les écoliers qui nous suivaient dans le cadre de notre programme « Spindrift for Schools ». Tout au long de ces 47 jours passés à bord de Spindrift 2, j’ai écrit une série d’articles intitulés « Out of the Classroom », inspirés de mes observations, notamment mes rencontres avec la faune marine, les phénomènes climatiques et les lieux incroyables que nous avons pu apercevoir lors de ce tour du monde. Nous n’avons pas battu le record, mais quel plus beau cadeau que de partager les enseignements d’un tour du monde à la voile et de faire vivre au travers de mes récits l’aventure de Phileas Fogg, une aventure des temps moderne.

Spindrift 2 a levé l’ancre le 16 janvier 2019 pour tenter une nouvelle fois de remporter le Trophée Jules Verne. C’est avec une pointe de nostalgie que je partage à nouveau mes articles, pour vous donner un aperçu de cette merveilleuse aventure.


LES THONS ROUGES DE L’ATLANTIQUE

Je regarde la sonde indiquant la température de l’eau : 22 degrés. Trop chaud ou trop froid pour ces petits poissons munis d’ailes leur permettant de s’élancer sur le haut d’une vague et voler à ras de l’eau sur plusieurs centaines de mètres ?

Il est vrai que depuis notre départ nous n’avons pas vu beaucoup d’animaux. « Nous n’avons même pas croisé un seul dauphin, alors que presque à chaque sortie d’entraînement avec Spindrift 2 nous en avons vus. »

« On va trop vite pour les dauphins, » me répond Seb, avant d’ajouter : « il n’y a que les thons rouges qui peuvent nager à nos vitesses. »

Seulement voilà, des thons rouges, il n’en reste pas beaucoup et les voir reste un fait rarissime. Ils font à présent partie des espèces en voie d’extinction et les protéger devrait être un devoir de chacun, comme ne plus en manger pour aider à la repopulation et permettre à nos petits enfants de pouvoir à leur tour en voir et peut-être aussi en manger à nouveau.

A ce rythme de consommation, il n’y en aura plus. Ce ne sera même pas possible d’en voir dans des aquariums car ce poisson migrateur parcourt des centaines de kilomètres et travers les océans à des vitesses de 80 km/heure.

Le mot « thon » vient du grecque thuno, qui veut dire « se précipiter. »

Le corps, en forme de torpille, donne de la vitesse et de l’endurance au thon rouge. Il peut même replier ses nageoires pour réduire la traînée, lui permettant de nager dans l’eau à des vitesses très élevées. Grand prédateur dans l’océan, il mange le hareng, le maquereau, le merlu, le calmar et les crustacés. Contrairement à la plupart des poissons, il a le sang chaud et peut réguler sa température pour que les muscles restent chauds pendant les traversées océaniques.

Le haut du corps, d’une magnifique couleur bleu métallique, et le côté inférieur argent et blanc, le camouflent aux deux côtés, ce qui le protège de ses principaux prédateurs : les épaulards et les requins.

Les thons rouges de l’Atlantique sont l’espèce la plus grande, 2 à 3 mètres en moyenne. Le plus grand jamais vu aurait été de 6 mètres ! C’est incroyable de penser qu’il puisse plonger à plus d’un kilomètre de profondeur.

Dans le sushi, c’est l’un des ingrédients le plus cher au monde. L’espèce est considérée « quasi menacée » sur la liste rouge de l’UICN*. Réfléchissons, donc, avant de l’acheter dans les marchés locaux. Il est certes moins beau que le dauphin mais ça vaut la peine de le protéger !

*L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature