Par Dona Bertarelli

Mon « Everest » a été cette aventure extraordinaire qu’est le Trophée Jules Verne.

Je me suis préparée pendant trois ans et je l’ai ensuite vécue, un jour après l’autre, pleinement, fortement, passionnément, les yeux grands ouverts sur le monde, sur moi et ceux que j’aime, dont Yann qui m’a ouvert les portes du grand large. Mon plus grand bonheur a été de partager mon aventure avec les écoliers qui nous suivaient dans le cadre de notre programme « Spindrift for Schools ». Tout au long de ces 47 jours passés à bord de Spindrift 2, j’ai écrit une série d’articles intitulés « Out of the Classroom », inspirés de mes observations, notamment mes rencontres avec la faune marine, les phénomènes climatiques et les lieux incroyables que nous avons pu apercevoir lors de ce tour du monde. Nous n’avons pas battu le record, mais quel plus beau cadeau que de partager les enseignements d’un tour du monde à la voile et de faire vivre au travers de mes récits l’aventure de Phileas Fogg, une aventure des temps moderne.

Spindrift 2 a levé l’ancre le 16 janvier 2019 pour tenter une nouvelle fois de remporter le Trophée Jules Verne. C’est avec une pointe de nostalgie que je partage à nouveau mes articles, pour vous donner un aperçu de cette merveilleuse aventure.


L’océan et les changements climatiques

J’aurais aimé pouvoir participer il y a quelques semaines à la COP21 à Paris, écouter les différents débats, échanges et annonces qui ont été faits sur les changements climatiques et le rôle essentiel que joue l’Océan pour réguler notre climat. C’est la première fois que l’océan a été invité à la table des négociations. La première fois aussi que nos leaders et politiciens ont reconnu le rôle central que joue l’océan pour réguler notre atmosphère. Nos océans recouvrent 72 pourcent de notre planète et détiennent les clefs de notre climat.
 
Cette conférence restera historique et pour cela, il m’a paru essentiel d’en parler. J’ai donc demandé tout naturellement à Lisa SPEER, Directrice de l’International Ocean Program au Natural Resources Defense Council, de partager sa vision sur les liens qu’entretiennent l’océan et le climat.

« L’océan et les changements climatiques » par Lisa Speer

Les historiens parleront certainement de décembre 2015 comme un véritable tournant dans l’Histoire, puisque c’est à cette date que les dirigeants de 196 pays ont signé un nouvel accord international sur le climat. Ce nouvel accord ne résoudra pas entièrement les effets néfastes des changements climatiques mais il ouvre des perspectives positives et solides. Un nouveau palier a été franchi.

La conférence, qui a eu lieu à Paris, a aussi été le lieu d’un changement historique concernant l’océan. Contrairement aux précédentes négociations climatiques, des dizaines de sommets et de forums de haut niveau ont tous souligné la relation indissociable entre l’océan et le climat. Le Prince Albert II de Monaco, Sir Richard Branson, le Dr Sylvia Earle et beaucoup d’autres personnalités se sont exprimés de manière convaincante sur la nécessité de régler les problèmes de niveau de CO2 dans l’atmosphère afin de résoudre ceux que rencontre l’océan. Ces difficultés comprennent l’élévation du niveau de la mer, la réduction de l’étendue et de l’épaisseur de la glace de mer arctique, la hausse des températures de l’eau, le changement de la circulation océanique et la baisse de la disponibilité des nutriments.

©Yann Riou | Spindrift racing

De plus, l’océan a déjà absorbé environ 1/4 du dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère. Lors de sa dissolution dans l’eau de mer, le CO2 réagit pour former un acide carbonique, qui réduit le pH de l’eau de mer et les minéraux de carbonate ; des composantes importantes pour les coquillages et le corail. De nombreux organismes à coque sont menacés, de la plus petite espèce planctonique à coque au bas de la chaîne alimentaire jusqu’aux palourdes, aux huîtres et aux coraux. Des travaux effectués en laboratoire ont montré qu’une eau acidifiée a des effets alarmants sur l’eau de mer – les calmars deviennent léthargiques, les embryons de krill ne se développent pas et les poissons des récifs ne parviennent plus à détecter leurs prédateurs.

Les effets combinés du réchauffement et de l’acidification sur l’océan affectent la survie, la répartition géographique, l’abondance et les habitudes migratoires de la faune marine. En conséquence, cela menace à son tour la pêche, l’aquaculture, le tourisme côtier et la santé globale de l’océan. Nous commençons à peine à saisir l’étendue des dégâts liés à l’acidification de l’océan.

En raison de l’attention toute particulière portée à l’océan, avant et pendant la conférence de Paris, une référence à l’océan pourtant absente des versions précédentes de l’accord qui avait circulé cet automne, a été ajoutée lors de la phase finale des négociations. Cela ouvre des perspectives pour bien comprendre l’impact des émissions de CO2 sur l’océan. C’est un message d’espoir qui arrive à point nommé pendant ces périodes de fêtes.

Lisa SPEER, Directrice de l’International Ocean Program au Natural Resources Defense Council