Par  Dona Bertarelli

Mon « Everest » a été cette aventure extraordinaire qu’est le Trophée Jules Verne.

Je me suis préparée pendant trois ans et je l’ai ensuite vécue, un jour après l’autre, pleinement, fortement, passionnément, les yeux grands ouverts sur le monde, sur moi et ceux que j’aime, dont Yann qui m’a ouvert les portes du grand large. Mon plus grand bonheur a été de partager mon aventure avec les écoliers qui nous suivaient dans le cadre de notre programme « Spindrift for Schools ». Tout au long de ces 47 jours passés à bord de Spindrift 2, j’ai écrit une série d’articles intitulés « Out of the Classroom », inspirés de mes observations, notamment mes rencontres avec la faune marine, les phénomènes climatiques et les lieux incroyables que nous avons pu apercevoir lors de ce tour du monde. Nous n’avons pas battu le record, mais quel plus beau cadeau que de partager les enseignements d’un tour du monde à la voile et de faire vivre au travers de mes récits l’aventure de Phileas Fogg, une aventure des temps moderne.

Spindrift 2 a levé l’ancre le 16 janvier 2019 pour tenter une nouvelle fois de remporter le Trophée Jules Verne. C’est avec une pointe de nostalgie que je partage à nouveau mes articles, pour vous donner un aperçu de cette merveilleuse aventure.


Nous sommes aux Antipodes !

Expression bien connue pour dire que nous sommes à l’opposé, et bien, nous le sommes plus que jamais ! Nous venons tout juste de passer à six miles nautiques au large de l’île des Antipodes.

Cet archipel constitué d’une île principale et de plusieurs îlots fait partie du patrimoine mondial de L’UNESCO, tout comme les autres îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande.

Pour ceux qui l’ignorent, la Nouvelle-Zélande est un précurseur en matière de protection de sa flore et sa faune. Plus de 20% de son territoire sont des parcs nationaux, forêts ou réserves. Pionniers au travers de la restauration écologique des îles, le Department of Conservation met en place des programmes pour systématiquement enlever les espèces introduites par l’homme (chèvres, chats, rats) pour ensuite réintroduire des espèces natives, et ce, afin de protéger et reconstituer un héritage biologique unique.

Les programmes de protection marine sont tout aussi importants. En 1977, la Nouvelle-Zélande a été le premier pays à établir une réserve marine. Aujourd’hui, elle en compte 45, la dernière en date annoncée à l’Assemblée Générale des Nations Unis le 29 Septembre 2015, est celle des Kermadec d’une superficie de 620 000 km2.

« Il s’agit de l’une des régions où la diversité est la plus riche au monde sur les plans géographiques et géologiques », a déclaré le premier ministre néo-zélandais John Key.

Cette zone où la pêche et l’exploitation minière sont désormais interdites, se trouve sur le plus long arc volcanique sous-marin au monde et sur plusieurs fosses océaniques parmi les plus profondes de la planète. Ce gigantesque sanctuaire marin est enfin un havre de paix pour des milliers d’espèces tels que baleines, dauphins, tortues ou oiseaux marins.

Nous naviguons actuellement bien plus au Nord que la réserve marine des Kermadec, mais l’île des Antipodes est, elle aussi, protégée. C’est une réserve naturelle dont l’accès est restreint.  On y trouve cependant un dépôt de vivres pour naufragés, tant les naufrages y sont courants.

Elle fut découverte en 1800 par Henry Waterhouse, capitaine du navire britannique HMS Reliance. Elle porte ce nom car elle se trouve aux antipodes,  c’est-à-dire diamétralement à l’opposé de Londres en Angleterre.

En 1886, la découverte de poteries polynésiennes enfouies sous 75 centimètres de terre, porte à penser que l’île fut visitée bien avant le navire britannique.

En 1803, le beau-frère du capitaine, Georges Bass, obtient le monopole pour la pêche et la fourrure d’otaries tant recherchées à l’époque. Parti de Sydney, Bass ne sera jamais plus revu.

En 1893, une tentative d’implanter du bétail sur l’île échoue avec le naufrage du navire Spirit of Dawn au large des côtes de l’Archipel. Onze membres de l’équipage survivent sur l’île pendant 87 jours en mangeant des moules, des racines et des Puffins, oiseaux marins proches de l’albatros, sans savoir que de l’autre côté de l’île se trouvait un dépôt de vivres bien approvisionné. Ce dépôt fut utilisé à maintes reprises, en 1908 par l’équipage du Président Felix Faure échoué à Anchorage Bay, et encore récemment en 1999, lors du naufrage du yacht Totorore.

L’île des Antipodes est effectivement peu accueillante. Elle nous est apparue sous un ciel bas et bruineux. Hauts de 400 mètres, ses bords sont abrupts et ses falaises semblent protéger le site de tout débarquement. Nous passons notre chemin, accompagnés de plusieurs oiseaux, dont des couples d’Albatros, qui règnent en maîtres absolus et gardiens de ces terres inhabitées.​