Par Dona Bertarelli

Mon « Everest » a été cette aventure extraordinaire qu’est le Trophée Jules Verne.

Je me suis préparée pendant trois ans et je l’ai ensuite vécue, un jour après l’autre, pleinement, fortement, passionnément, les yeux grands ouverts sur le monde, sur moi et ceux que j’aime, dont Yann qui m’a ouvert les portes du grand large. Mon plus grand bonheur a été de partager mon aventure avec les écoliers qui nous suivaient dans le cadre de notre programme « Spindrift for Schools ». Tout au long de ces 47 jours passés à bord de Spindrift 2, j’ai écrit une série d’articles intitulés « Out of the Classroom », inspirés de mes observations, notamment mes rencontres avec la faune marine, les phénomènes climatiques et les lieux incroyables que nous avons pu apercevoir lors de ce tour du monde. Nous n’avons pas battu le record, mais quel plus beau cadeau que de partager les enseignements d’un tour du monde à la voile et de faire vivre au travers de mes récits l’aventure de Phileas Fogg, une aventure des temps moderne.

Spindrift 2 a levé l’ancre le 16 janvier 2019 pour tenter une nouvelle fois de remporter le Trophée Jules Verne. C’est avec une pointe de nostalgie que je partage à nouveau mes articles, pour vous donner un aperçu de cette merveilleuse aventure.


SONAR ET POLLUTION SONORE DES OCÉANS

Quelles sont les difficultés les plus extrêmes à relever dans une course de voile de plusieurs semaines ? C’est une question que nous posent beaucoup d’enfants et leurs parents. Notre course n’est effectivement pas de tout confort; il fait parfois trop froid, ou au contraire, comme ces derniers jours lorsque nous avons traversé l’équateur, la chaleur est étouffante. Il y a aussi l’humidité, les repas lyophilisés, le manque de sommeil et des simples gestes du quotidien que nous tenons pour acquis, comme prendre une douche, lire son journal ou regarder un film. Et il y a une chose qui, pour moi, dépasse toutes ces difficultés : c’est le bruit grinçant et continu que génère la coque en fibre de carbone au contact de l’eau.

Chaque choqué du Gennaker ou du chariot de Grand Voile fait trembler tout le bateau et le bruit assourdissant, tel le tonnerre ! C’est tellement puissant et étourdissant que les échanges entre marins sont quelques fois difficiles. Le simple fait de réfléchir dans ce vacarme relève aussi d’un exploit. Les scientifiques ont établi que ce bruit peut accroître le niveau de stress et avoir des répercussions sur le sommeil et l’appétit. 

L’équipage de Spindrift 2 est expérimenté et entraîné à vivre de telles situations. Chacun d’entre nous gère cette difficulté à sa manière. Personnellement, je profite des moments où je ne suis pas sur le pont pour écouter de la musique relaxante. Lorsque je dors, je mets des bouchons d’oreille ou un casque anti-bruit. Parfois, j’utilise les deux en même temps ! 

Le bruit circule beaucoup plus facilement dans l’eau que dans l’air et de nombreux animaux marins utilisent l’ouïe plutôt que la vue pour évoluer dans leur environnement. C’est en travaillant dans une telle cacophonie pendant des jours et des nuits que ma compassion pour les animaux marins face au problème grandissant de pollution sonore de l’océan, a décuplé.

Le nombre croissant de facteurs anthropiques, (trafic maritime, recherche et exploitation du gaz et du pétrole ou encore sonars militaires) menace une grande partie des espèces marines. Les baleines, les dauphins et les marsouins sont particulièrement vulnérables car l’acoustique constitue leur principal mode de communication. Ils possèdent, en effet, un véritable sonar qui leur permet de communiquer avec leurs progénitures, de chasser pour se nourrir et de se repérer dans leur environnement.

Beaucoup d’autres espèces de poissons et même certains invertébrés communiquent de la même manière. Comme l’illustre un nouveau documentaire qui sortira l’année prochaine sur Discovery Channel, le bruit perturbe l’harmonie de l’acoustique naturelle des océans.

Il existe des solutions pour réduire le bruit généré par l’activité humaine, mais le coût est tel que l’industrie tarde à investir. Et rien ne changera tant qu’il n’y aura pas davantage de personnes investies dans la lutte contre la pollution sonore des océans et ses menaces sur la vie des baleines et des autres espèces vulnérables.