Une poubelle nommée Némo

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Point Némo

On connait bien Nemo, le poisson clown du dessin animé, mais bien moins l’existence du point Nemo, cette zone du monde la plus éloignée de toute terre émergée dans l’océan Pacifique. Seuls les bateaux du Vendée Globe ou ceux comme Spindrift 2 qui tentent le Trophée Jules Verne, s’approchent de cette zone. Si ce terme Nemo fait référence au nom du capitaine du Nautilus, il signifie surtout « personne » en latin. Et pour cause…

Un « pôle maritime d’inaccessibilité »

Le point le plus isolé de la planète se trouve en plein océan Pacifique aux coordonnées GPS 48° 52′ S, 123° 23′ O et couvre une surface de 22 millions de km². Cette zone est très hostile et héberge très peu de faune et de flore. Le bout de terre le plus proche est l’île Ducie, un atoll inhabité qui se situe à 2.688 km. Il n’y a aucune trace de civilisation dans cette zone découverte en 1992 grâce aux avancées technologiques de l’ingénieur croato-canadien Hrvoje Lukatel. Il y a très peu de trafic maritime, seuls les bateaux du Vendée Globe ou ceux qui tentent le record du Trophée Jules Verne approchent cette zone. Finalement les voisins les plus proches sont en fait… les stations spatiales internationales qui gravitent en orbite 400 kms au-dessus de l’océan !

Un cimetière spatial

Ce point isolé au milieu de nulle part est devenu l’endroit où viennent mourir les équipements spatiaux en fin de vie. La NASA les fait redescendre sur Terre, en plein océan, là où aucune population ne peut être touchée par des débris. Entre 1971 et aujourd'hui près de 300 vaisseaux et satellites se sont écrasés sur le Point Nemo dont la station spatiale soviétique Mir et une fusée SpaceX. L'énorme station internationale ISS doit d'ailleurs, elle aussi, finir ses jours au Point Nemo, en 2024. Ce vaisseau cargo pèse 420 tonnes, quatre fois plus que Mir. Il ne se désagrégera donc pas totalement en traversant l’atmosphère et de gros morceaux s'enfonceront dans le Pacifique.
On ne connait pas aujourd'hui l’impact de ces retombées spatiales sur l’océan, mais avec la prise de conscience globale de la nécessité de protéger des océans cette décharge des déchets spatiaux au Point Nemo (nous) interroge.

Station spatiale soviétique MirStation spatiale soviétique Mir ©NASA/Crew of STS-81, Domaine public, Wikipédia

Mythes et légendes

Une zone aussi isolée du monde est forcément l’objet de nombreux mythes qui sont relatés à travers des ouvrages ou des films. L’écrivain H.P Lovecraft par exemple, situe dans ses récits fictifs la cité engloutie de R’lyeh, demeure du Grand Ancien Cthulhu, à proximité du Point Nemo, dans la zone qui délimite le cimetière des engins spatiaux.
Par ailleurs, en 1997, l’Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) a détecté près du Point Nemo un son à ultra basse fréquence nommé « Bloop ».

Ce son semble lié à une créature vivante, telle qu'une baleine, mais pour pouvoir être audible à ce niveau d'intensité, il faudrait que cette créature soit géante. Certain.es scientifiques ont envisagé que ce soit un calamar géant encore non découvert. Récemment l'agence NOAA a assuré qu’il ne s’agit pas d'un monstre marin, mais d'un tremblement d’iceberg. Le mystère n’est toutefois pas complètement élucidé….

En attendant une solution plus écologique

Alors que les vortex de déchets plastiques sont maintenant bien identifiés et qu’on tente par tous les moyens de les « nettoyer » à la surface de l’océan Pacifique, près de 300 vaisseaux spatiaux en morceaux polluent les fonds marins de la zone du Point Nemo. Des ingénieur.es travaillent actuellement à la réduction de ces déchets spatiaux, qui tournent encore indéfiniment en orbite (ex. les satellites) ou les débris qui s’échouent dans l’océan. Si cette zone du point Nemo a été choisie pour enterrer les reliquats spatiaux, c’est avant tout par mesure de sécurité pour les populations et parce que dans cette zone hostile du globe, l’impact sur la faune et la flore reste par conséquent limité.

Cartographie des principaux débris spatiaux en orbite terrestre basseCartographie des principaux débris spatiaux en orbite terrestre basse © NASA employee, Domaine public, Wikipédia

Pour aller plus loin

Il peut être intéressant de mettre en perspective les explorations maritimes et spatiales à travers le temps et identifier les différents matériaux de construction des bateaux et engins spatiaux. Vous pouvez compléter ce travail par la conception d’un tableau représentant la durée de dégradation des déchets dans les océans en y ajoutant donc les débris spatiaux. Enfin retrouvez très prochainement notre dossier thématique consacré à la protection des océans et aux aires marines protégées et accédez à l'ensemble des documents gratuitement téléchargeables dans nos ressources pédagogiques.

Pistes de travail

Cycles 2 et 3 (Education au développement Durable)

  • Rechercher les causes de la pollution des océans et s’interroger sur les solutions à mettre en œuvre pour les protéger
  • Organisation de sorties nature et éco gestion d’une aire marine éducative quand ce sera de nouveau possible.

Cycle 3 – collège

  • Il est à noter que ces notions sont particulièrement intéressantes à traiter pour les classes de 6e dans le cadre du thème « Habiter les littoraux ».